vendredi, mai 12, 2017

Entrevue avec Étienne Drapeau

Étienne Drapeau
Crédit : MAtv
Étienne Drapeau on l'a découvert il y a 13 ans à Star Académie 1. Aujourd'hui, on le connait surtout pour sa chanson T'es ma femme, t'es la plus belle, celle la plus demandée dans les mariages. On le connait aussi pour son côté humain, terre-à-terre et romantique. Cinq albums plus tard, on peut certifier qu'Étienne s'est forgé une sacré belle carrière dans notre culture québécoise. Et pour certaines d'entre-nous, on le trouve pas pire cute!

La vie est drôlement faite, parce qu'en octobre dernier, je l'ai croisé au gym. Je ne me suis donc pas gênée pour lui demander une entrevue, même habillée en kit rose d'entraînement! (Qu'est-ce qu'on ferait pas pour vous!) Pis aussi parce que j'avais vraiment envie de lui parler de ces futurs projets.

Je te laisse donc lire ses réponses à mes questions:

1) Tu reviens d'une tournée en République dominicaine. Quelle a été ta motivation de percer là-bas étant donné la barrière linguistique?

En fait quand j'y suis allé, il n'y en avait pas beaucoup de barrière linguistique, parce que ça fait 3 ans que je prend des cours d'espagnol. En été 2013, nous sommes allés tourner le vidéoclip de la chanson J'suis amoureux dans un petit village, tout petit et assez pauvre qui s'appelle Rio San Ruan et je suis tombé en amour avec le pays, avec les gens. Nous sommes allés faire le tournage très loin des resorts et du luxe. Je suis vraiment tombé sous le charme de la culture, des gens, de leur sourire, de leur chaleur humaine et de leur musique. Elle est omniprésente là-bas; le meringue et la bachata, ça se joue à tous les coins de rue et je me suis mis en tête à ce moment-là de chanter en espagnol. Ça a été une révélation, mais surtout de chanter de la bachata, qui est un style de musique qui me fait vraiment triper. En fait, ce sont des balades, des chansons remplies de textes d'amour, mais up-tempo, qui se dansent et qui sont super festives. C'est comme je fais au Québec, des belles balades, sauf que maintenant, il y a un rythme latino. C'est tombé parfaitement dans mes cordes.

C'est à partir de ce moment que je me suis mis à prendre des cours d'espagnol toutes les semaines durant deux ans et demi et j'ai même commencé à prendre des cours de danse minimum 2 à 3 fois par semaine pendant plus d'un an. J'y suis allé deux mois en octobre et novembre 2016 et j'y suis retourné un mois en janvier. J'ai engagé une relationniste de presse pour faire tout le pays au complet, me promener. En trois mois, j'ai accompli énormément. C'est un très beau départ pour la République dominicaine.

2) As-tu l'intention de retourner en République? Prépares-tu un album en espagnol?

Je travaille sur l'album en espagnol depuis un petit bout, avant même d'aller en République. J'ai presque 5 chansons. Trois de complètement terminées et deux de presque finies. C'est un très long processus : faire la traduction des chansons, les jouer, apprendre à bien prononcer chaque mot et chaque accent tonique... Ce n'est pas comme un album en français où tu écris, tu enregistres et tu chantes. C'est moins compliqué dans le sens où t’as pas besoin de pratiquer pendant des semaines la même toune pour mettre les accents toniques à la bonne place. Quand tu rentres en studio, tu refais pas la même toune 4 fois parce qu’il faut tout le temps que tu reprennes les accents et la bonne prononciation. En espagnol, c’est plus long, sauf que c’est un projet qui a pas de date fixe. Je prends mon temps pour le faire, j’avance avec ça; quand il sera prêt, il sera prêt. Je veux vraiment travailler plus en République pour me faire connaître avant de lancer quoi que ce soit là-bas. Il y a pas de presse au niveau de la sortie de cet album-là, je le fais tranquillement.

Et pour retourner en République, il y a plein de stratégies qui s’ouvrent à moi, j’ai plein d’options. Est-ce que j’y retourne bientôt pour continuer de telle ou telle façon? Est-ce que j’y retourne pour faire une tournée? J’ai en tête de faire ma première tournée de plein de petits endroits en janvier. Ou est-ce que j’y retourne avant pour vraiment lancer une chanson dans toutes les radios du pays et en faire la promotion? Je suis à réfléchir à ce que j’ai envie de faire avec ça. Je suis à choisir ce que sera ma stratégie pour l’avenir.

3) Souvent, nos artistes vont vouloir percer aux États-Unis. Et toi, c’est plus le côté Amérique du Sud.

Je ne suis pas attiré par l’anglais. J’en chante un peu… Je suis resté 4 ans aux États-Unis. Je suis parfaitement bilingue, mais la langue anglaise ne m’a jamais attiré, ne m’a jamais fait vibrer. Chanter en anglais, pour moi, c’est de la musique du top 40, du rock, un peu de pop. C’est quelque chose qui sonne, mais c’est pas quelque chose qui me fait vibrer. Donc, je n’ai jamais eu l’ambition de faire une carrière en anglais. Ça ne m’a jamais allumé et je pense que ça ne m’allumera jamais. La France m’a tenté un peu à un certain moment, mais je l’avais pas non plus dans le sang, dans les veines. Je suis allé, j’ai tâté le terrain et je ne le sentais pas en moi.

4) Ta carrière est super différente des autres artistes d’ici. Tu crées ton propre chemin, c’est ça qui est beau. Ça fait de toi quelqu’un qui est différent et c’est peut-être pour ça qu’on va apprécier encore plus ton talent.

Je pense que personne n’a jamais été de ce côté. Ce qu’on m’a dit en République dominicaine, on parle pas nécessairement anglais avec un Québécois… Je te dirais qu’un étranger nord-américain, qu’il soit Canadien francophone, Français, même Américain, ils ont jamais vu ça. Je me suis même renseigné là-bas à un gars qui vient de l’extérieur, qui ne parlait pas du tout leur langue et qui l’a apprise pour chanter une des musiques typique du pays. Les gens n'ont jamais vu ça. Ça me donne peut-être un avantage. Les gens là-bas sont très impressionnés par ça et par le français aussi. C’est la langue de l’amour, ils trouvent ça super beau. Et ils sont fiers que quelqu’un ait aimé leur musique au point d’apprendre leur langue et de la chanter dans leur pays. Ça les rend très fiers. Les gens aiment beaucoup mes chansons, donc il y a un beau buzz là-bas et on va continuer là-dessus.

5) Je te souhaite de continuer sur cette vague. C’est vraiment un beau projet. J’aimerais qu’on parle de ton dernier album. Tu viens de sortir un album de compilations. Dans ma tête à moi, ça veut dire qu’un grand chapitre vient d’être tourné. Je me demandais si tu étais fier de là où tu es rendu.

Oui, je suis extrêmement fier de là où je suis rendu. C’est effectivement ça, c’est un beau chapitre. Dans le fond, j’arrive à 13 ans de carrière. Sauf qu’en fait, sur disque, avec mon premier album en 2006, ça m’a fait un 10 ans jusqu’en 2016. Je me suis dis que ce serait le fun de boucler la boucle de 10 ans sur disque, de 2006 à 2016. Et comme je m’en vais à l’international pendant un an ou deux, j’avais envie de boucler ces premiers dix ans-là avec les gens qui ont suivi mes cinq albums et mes 7 numéros 1 à la radio.

Pis en plus, la quinzième chanson de l’album, c’est la version québécoise de ma bachata. C’est une version bilingue de Ma femme, t'es la plus belle, moitié français et moitié espagnol. C’est un peu boucler la boucle avec un petit clin d’œil à la fin pour dire : «Voici où je m’en vais maintenant.» Parce qu’avant de réécrire un album en français, je veux travailler au moins une année, une année et demie à l’international. Et l’album de compilations me donnait cette période-là, parce que là, je pars dans une tournée, qui s’appelle Les plus belles chansons, à travers le Québec. Donc, cet album me donnait trois choses : faire un beau résumé de ma carrière, faire une tournée qui s’appelle Mes plus belles chansons qui m’amène partout à travers le Québec, et c’est la tournée de ma biographie musicale; alors j’ai pris quelques chansons de chaque album et j’ai fait une mise en scène avec ça. Je les ai mises en ordre biographique, en ordre chronologique. Comme, pour la dernière tournée, pour l’album T’es toute ma vie, je chantais onze ou douze chansons du dernier album. Alors je chantais presque l’album au complet. Tandis que là, je chante 3 chansons de T’es toute ma vie. Alors ça me permet de puiser dans les chansons plus vieilles, que les gens n’ont pas entendues depuis longtemps et de faire un show spécial.

6) Et ta chanson T’es ma femme, t’es la plus belle, t’attendais-tu à avoir autant de succès?

Honnêtement, je te dirais pas loin d’un «oui». Quand je l’ai écrite, j’avais un but derrière la tête, j’avais une idée précise. Arrivé à mon troisième album, je me suis dit : «Il faut que j’écrive ma plus belle chanson d’amour ever, ma grosse chanson d’amour intemporelle qui peut passer les années.» Un genre de Une chance qu’on s’a de Jean-Pierre Ferland à moi, ma toune qui va me rester. Il faut que j’écrive tout ce qu’un homme doit dire à sa femme quand il sait que c’est elle, qu’il n’y en aura jamais une autre dans sa vie, que c’est elle que tu choisis. Ça doit être fort, comme sentiment! Moi, ça m’est jamais arrivé encore, je ne suis pas marié. Ça doit être quelque chose d’avoir cet amour-là à l’intérieur de soi. Je me suis imaginé c’est quoi, j’ai essayé de ressentir comment un homme peut se sentir. Alors j’ai écrit T’es ma femme, t’es la plus belle.

Donc c’est dans cette optique-là que j’écrivais la toune. Oui, j’espérais que ça devienne ma plus grande chanson d’amour. Et je pense que c’est devenu la toune la plus marquante de mon répertoire.

Sans savoir quel genre de succès elle allait avoir, qu’elle allait marquer les gens à ce point-là, je te dirais que oui, je savais que je venais d’écrire une grosse, grosse chanson. Je te dirais même que, dans ma vie, les 4, 5, 6 fois où j’ai écrit des numéro 1, on dirait que je le savais. On dirait que ça se sent, ces choses-là. Quand tu viens d’écrire une toune et qu’elle te fait pleurer, qu’elle est forte, tu fais : «Sais-tu quoi? Je pense que je viens d’écrire un hit.» Ça m’est arrivé 5, 6 fois dans ma vie et c’est très rare que je me suis trompé. À chaque fois que j’écris une toune comme ça, quand je l’ai ressenti, je me suis dit : «Je pense que j’en ai écrit toute une».

Et il y a d’autres fois, on dit : «Ah, c’est une belle toune, le message est beau, une toune sur la langue française…» C’est une belle toune, mais c’est pas une chanson de radio, c’est pas un hit. C’est une grosse toune pour son message magnifique, mais ce sera pas la toune qui va toucher les gens.

Quand j’ai écrit des tounes dont je savais qu’elles allaient vraiment faire des hits, je l’ai senti et, à 90%, je ne me suis pas trompé.

7) Parce que cette chanson-là, c’est plus qu’un hit, c’est un coup de cœur des québécois pendant des mois, des années et même encore. Les gens se marient et on entend cette chanson-là. Elle a tellement un message… c’est fou!

C’est une toune qui va rester longtemps. Les gens l’utilisent énormément dans les mariages et je pense que ça ne va pas arrêter. Ce n'est pas une toune que les gens vont arrêter de jouer ou d’écouter. C’est une toune que, dans 10, 15 ans, va encore s’écouter dans les mariages.

Mon rêve… C’est pas mon rêve, parce que je vais me rendre là à un moment donné. Des fois, je pense à ça, je vois des chanteurs qui vieillissent, des Ferland, des Aznavour… Je m’imagine à 75, 80 ans, avoir mon petit complet tout chic, être un beau petit monsieur avec les cheveux blancs… Moi, je me suis tenu en forme toute ma vie. Je suis pas un gars qui boit beaucoup et qui a fait le party tant que ça, je me suis pas magané. Je pense que ma voix va être en forme longtemps et je m’imagine à 80 ans, tout habillé chic, un beau petit monsieur avec les cheveux blancs, m’asseoir au piano et chanter T’es ma femme, t’es la plus belle. Ça va avoir un impact de voir un petit monsieur de cet âge-là…

Ces chansons-là vont me suivre longtemps. Je vais les chanter toute ma vie, particulièrement celle-là.

8) Partout dans tes chansons, c’est l’amour, c’est l’amitié. Qu’est-ce qui t’inspire le plus?

C’est probablement l’amour, avec une grosse tangente vers l’amour envers les femmes. Mais l’amour sous toutes formes, car l’amour a tellement de déclinaisons, que ce soit la passion pour ton travail, l’amour de tes proches, de tes amis, de ta famille, de ton métier… L’amour est probablement le dénominateur commun de toutes mes chansons. La chanson Paroles et musique que j’ai écrite à mon public, c’est l’amour pour eux. L’amour entre les ethnies, entre les gens… Une chanson comme À mon père et à ma mère, c’est l’amour envers ses parents. Quand on devient des hommes. Qui parle d’un gars qui raconte sa jeunesse et son passage à l’âge adulte à son meilleur ami de gars. Il y a beaucoup d’amour dans mes chansons et je pense que l’amour est le sujet qui m’inspire le plus.

Les gens connaissent beaucoup mes chansons d’amour. Ceux qui connaissent moins mon répertoire et qui n’ont pas mes albums, ne savent pas que j’écris des chansons comme Tous ensemble (Inch’Allah) ou Le monde est beau. Ce sont des chansons portées sur l’universel, sur la tolérance, l’ouverture d’esprit entre les peuples et les religions. Ou des chansons comme Je me souviens ou Dans ce pays où j’ai parlé de la culture de la langue française, de l’importance de préserver et de protéger la langue. Malheureusement, beaucoup de gens pensent encore que j’écris juste des chansons d’amour, mais quand on regarde dans mon répertoire, on voit que j’écris sur bien d’autres affaires. C’est sûr que c’est des chansons d’amour, sauf que j’ai exploré toutes sortes de thèmes.

9) On va y aller avec une question simple. C’est quoi ta plus grande fierté? En 13 ans de carrière, de quoi es-tu le plus fier?

Le temps est bien venu pour moi de répondre à cette question. C’est l’ensemble de ma carrière, d’être encore là. J’ai fait mes deux premiers shows… Je ne fais pas des salles immenses. En chanson au Québec, on n’est pas comme des humoristes, on ne fait pas des salles de 2000 places.

On fait des salles de 200, 250 places; un peu plus petit, un peu plus grand…

Moi, après 13 ans de carrière, les salles sont encore pleines. J’étais sold out à Québec, un peu plus de 200 places. On reçoit nos chiffres de vente des prochains shows : on va vendre 100, 150 billets un peu partout à travers le Québec. Après 13 ans, j’ai un public, les gens viennent me voir et sont fidèles. C’est de ça dont je suis le plus fier : être encore là après 13 ans.

Dans ce métier-là, avoir une toune qui marche, un succès, un album, il y en a plein qui le font. Ils arrivent, ils vendent plein d’albums, ils ont un beau buzz, ils gagnent même des prix, et après un, deux, trois ans, on ne les voit plus.

Alors c’est ça, ma fierté, d’être encore là après toutes ces années, d’avoir encore du succès, d’avoir un public fidèle qui me suit depuis des années. C’est ce que je veux. Ça fait 13 ans, j’ai 39 ans et j’espère faire ça jusqu’à 80 ans. J’espère que ça va continuer encore longtemps.

10) On a parlé de tes projets à venir, la République, tout ça. Outre cela, est-ce que toi, Étienne Drapeau, tu as des projets que tu aimerais vivre prochainement?

Le plus grand rêve que j’ai… Ça n’a pas été ça dans toute ma vie, parce que je suis très heureux au Québec. Je te dirais que le rêve de carrière internationale est là. Au Québec, plus ou moins, j’ai accompli un peu ce que qu’il y a à accomplir. C’est sûr que je pourrais vendre bien plus d’albums, faire plus de shows. On veut toujours plus, mais j’ai une belle carrière.

Il y a quelque chose en moi qui m’appelle à aller au travers le monde latin, à voyager, à faire connaître ma musique dans d’autres endroits. Le Québec est grand, mais petit en même temps. J’ai envie d’aller partout à travers le monde. C’est vraiment ce qui m’allume le plus présentement.

Et, bien sûr, de continuer à avoir une belle carrière. Ma plus belle toune, je l’ai pas écrite encore. Jean-Pierre Ferland a écrit Une chance qu’on s’a à 60 ans : la toune qui a le plus marqué, que les gens considèrent comme la plus belle chanson d’amour de l’histoire du Québec. Il me reste ben des années. Il me resterait encore un autre 20 ans pour écrire ma plus belle toune en carrière.

C’est ça : continuer à avoir une belle carrière au Québec, mais mon rêve de l’international, c’est pas mal ce qui m’allume le plus en ce moment.

* * *

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Étienne Drapeau
Crédit : 7jours

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